Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 12:46

Je fais partie de ceux que la poussée conservatrice dans la région de Québec n’a pas surpris. Elle était prévisible depuis le début des années 2000. Pourquoi ?

L’aspect démographique
. Je l’ai déjà dit sur ce blogue, le nationalisme québécois est défensif. Il cherche à protéger ses acquis contre les empiètements réels ou imaginaires de la culture anglo-saxonne. Or, à Québec, l’intrusion de cette culture est presque nulle. Le territoire est homogène, blanc et francophone. Cette écrasante majorité ne se sent pas menacé par l’Autre, qu’il soit anglophone ou immigrant. Le réflexe défensif d’une minorité y est donc beaucoup moins fort qu’ailleurs.

Le rapport à l’État
. Une partie du fameux « mystère Québec » reposerait sur  l’incompréhension des citoyens envers une population pourtant gâtée par l’État provincial. Ceux qui pensent ainsi ne connaissent pas très bien la ville. L’État est nettement moins attractif pour les jeunes depuis les vagues de coupures et de départs à la retraite des années 1990. La mise en place des tickets de recrutement pour l’entrée dans la fonction publique a fait de celle-ci un club sélect. La majorité des jeunes de la région font désormais partie du secteur privé, où les salaires sont meilleurs et où la pénétration syndicale est moins forte. L’État est désormais perçu, parfois par ses propres travailleurs, comme un repère de tablettés en attente de la retraite.

La politique
. Québec a toujours été tiède envers la souveraineté. Jusqu’au scandale des commandites, les Libéraux de Jean Chrétien remportaient toujours des sièges dans la région, allant parfois chercher d’importantes majorités. L’ampleur du scandale et le discrédit durable du parti rouge n’a pas créé un report des votes vers le Bloc québécois, identifié à l’option, mais vers le Parti Conservateur fédéraliste, indépendamment de la qualité souvent discutable de ses candidats.

Les médias de droite
. Difficile à dire si les médias régionaux font partie des causes de l’émergence d’une droite structurée, ou si elle n’est qu’un symptôme. Grâce aux médias – particulièrement la radio – les valeurs de la droite ont acquis une notoriété inconnue ailleurs dans la province. Les radios locales ont une ligne éditoriale claire et font de la politique partisane active. Leur soutien aux candidats de l’ADQ et du Parti conservateur est clairement revendiqué. L’extraordinaire popularité de ces radios (CHOI et le FM93) tend à démontrer que les idées qu’elles véhiculent sont le reflet d’un courant d’opinion profondément enraciné dans la région.

J’y vais maintenant de ma petite ligne éditoriale.

Je fais partie du groupe cible des Conservateurs et de la droite régionale. Je suis jeune, blanc, francophone et j’ai un excellent emploi dans le secteur privé. Mais voilà, je ne suis pas Conservateur. En fait, je fais même du lobbying contre eux au sein de ma famille et de mon groupe d’amis. Pourquoi ?


Ce gouvernement, son idéologie et ses valeurs me répugnent et pourtant, je ne suis pas gauchiste. J’ai seulement horreur qu’on me prenne pour un con. Les coupures dans la culture ne sont que la goutte qui a fait déborder le vase. Je peux citer pêle-mêle des dossiers qui m’ont irrité au cours des derniers mois : la croisade anti développement régional de Blackburn, qui a réussi le tour de force d’unir tous les intervenants de ce milieu contre lui. L’arrogance et le ton souverainement méprisant du sénateur non élu Fortier, qui a géré un budget de 5 milliards de dollars sans jamais siéger en chambre pour répondre de ses actes. La destruction de l’image de marque du Canada au niveau international par la dérive guerrière du régime et par le non rapatriement du pauvre type enfermé à Guantanamo. L’incompétence crasse d’un Bernier, probablement incapable de pointer le Canada sur une carte de l’Amérique du Nord, trop occupé à jouer à touche-pipi avec une lobbyiste. Finalement, le maître à penser, Harper, dont les liens avec les pétrolières de son Alberta natale rendent suspectes toute décisions en leur faveur.

Ajout du 23 septembre: "Tout juste avant que les libéraux lancent leur programme, hier matin, Stephen Harper nous a offert un retour dans le passé qui rappelle les plus belles heures de son ex-Reform Party. La criminalisation permanente des enfants de 14 ans telle que le propose maintenant le Parti conservateur ne fait que répéter une promesse identique de son ancêtre disparu, aux élections de 2000. Elle reprend également des propos fort controversés de l’ancien ministre de la Justice Vic Toews, qui voulait traiter comme délinquants et amener devant les tribunaux les enfants de 10 ans en difficulté. M. Toews avait par la suite été «remanié» au Conseil du trésor, question de le faire taire. Il n’en pensait pas moins, et le chat vient de sortir du sac."


Ce gouvernement nous prend tous pour des cons. J’espère simplement que nous aurons le courage de lui prouver qu’il a tort.
Par nicolas_racine - Publié dans : Politique
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Commentaires

Je l'ai toujours dit, nous ne sommes pas assez méprisés au Québec. Les Québécois sont un peuple de grenouilles. On le sait, si on plonge une grenouille dans l'eau bouillante, elle va sauter immédiatement. Mais si on la met dans l'eau froide et qu'on monte progressivement la température de l'eau, elle se laissera mourir ébouillantée. Nous on fait pareil. S'il n'y a pas un scandale immédiat, les Québécois ne réagissent pas. Cependant, les petits gestes quotidiens qui vont à l'encontre de nos valeurs et qu'on ne voit pas dans les journaux, eux, vont causer notre perte. Harper ne nous méprise pas, on ne fait même pas parti de son plan. Voilà le problème. Voilà donc pour le peuple de la province... Maintenant, pour ceux de la région de Québec... Faudrait-il les mépriser davantage encore? Hmmm :)
Commentaire n°1 posté par Le Détracteur Constructif le 23/09/2008 à 14h05
Ça va donner de la bonne soupe de grenouilles. Tu sais, j'ai toujours pensé que la forme suprême du mépris, c'était l'ignorance. Quand on ignore quelqu'un ou quelque chose, on le méprise. L'autre forme du mépris, c'est la pitié. 
Harper compte beaucoup sur la région de Québec. J'espère qu'on va lui faire entre les mains. 
Réponse de nicolas_racine le 23/09/2008 à 15h13
Bien d'accord pour le mépris suprême... Tu peux toujours espérer en effet... Mais non il va passer comme une balle. Désolé de te le dire ;)
Commentaire n°2 posté par Le Détracteur Constructif le 23/09/2008 à 15h30
Détracteur, je crois que tu as malheureusement raison. Malgré tout, bien que n'ayant jamais voter Bloc parce que n'ai jamais compris la pertinance d'un parti indépendentiste à Ottawa, j'ai bien envie de voter pour eux cette fois-ci. Il me semble que c'est le parti qui a le plus de chance de défaire quelques candidats Reform-conservateur ici et là. Tout pour ne pas avoir ces fous de la droite majoritaire à Ottawa. De plus, je trouve assez insultante la campagne de Fortier contre le Bloc.
Commentaire n°3 posté par Pierre Durand le 23/09/2008 à 16h13
Je suis assez d'accord. Les Libéraux sont hors course et le NPD est invisible. Dans ma région, seul le Bloc peut faire mal aux Conservateurs.
Quant à Fortier, sa démarche me donne envie de vomir... je vous cite l'éditorial du Soleil d'hier.
"Mais M. Fortier, lui, même pas candidat aux élections de 2006 avant d’être nommé ministre par Stephen Harper au mépris des positions antérieures de ce dernier sur le Sénat, combien a-t-il coûté aux Québécois et aux Canadiens?
Je ne parle pas de son salaire de sénateur (130 400 $), de son supplément comme ministre (74 400 $), de son allocation d’automobile (2122 $, malgré la disponibilité d’une voiture officielle) ou des autres frais qui découlent de sa fonction.
Non, je parle de ses années comme ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, où l’a nommé M. Harper en février 2006 sous prétexte qu’il n’y avait aucun élu conservateur à Montréal.
Là, ce même M. Fortier qui dénonce le coût des députés bloquistes a dépensé 
2,5 milliards $ par année, soit 5 milliards $ pour les deux années où il a occupé ce poste.
Et je vous épargne le budget du ministère du Commerce international, où il travaille depuis juin dernier.
Je n’ai pas souvenir qu’aucun ministre non élu démocratiquement ait jamais eu accès à autant de fonds publics. Il n’a jamais eu à défendre sa gestion à la Chambre des communes, et ses collègues du Sénat ne l’ont jamais interrogé à fond, ce qui n’étonne d’ailleurs pas."
 
Réponse de nicolas_racine le 23/09/2008 à 16h20
On aura beau dire ce qu'on veut, Harper et les Conservateurs ont, contrairement à bien d'autres gouvernements dans les dernières années, tenus leurs promesses. Le hic, c'est que les gens ne prennent plus le temps de s'informer comme il se doit. En plus des baisses de TPS (promesse qui a marqué l'imaginaire du bon peuple qui ne pense qu'à sa poche avant tout), Harper avait aussi promis tout le reste. Mais, comme les gens ne se fient maintenant qu'aux clips qu'on peut voir pendant les nouvelles, voilà ce que ça donne. Et le pire, c'est que comme il a tenu parole pour la TPS (contrairement à Ti-Jean Chrétien), le bon peuple le voit comme un politicien nouveau, un vrai de vrai leader. Vous voulez stopper tout ça? Informez-vous des plateformes électorales des différents partis avant de voter, et parlez-en à votre entourage. Il faut forcer les gens à aller au delà des clips et des images toutes faites.
Commentaire n°4 posté par Daz Hoo le 23/09/2008 à 17h20
Le plus cocasse dans cette promesse, c'est qu'elle ne paraît presque pas quand on achète quelque chose. À part une voiture ou quelque chose de cher, la différence de 2% n'affecte presque pas les achats courants. Je me demande bien à qui profite vraiment une telle diminution...
J'ai suivi ton conseil, Daz. Je viens d'ajouter une portion intéreressante du volet judiciaire du programme des Conservateurs au billet. 
Réponse de nicolas_racine le 23/09/2008 à 18h03
"Cette écrasante majorité ne se sent pas menacé par l’Autre, qu’il soit anglophone ou immigrant." Ce sont pourtant des gens qui n'ont pas de contacts avec les immigrants qui ont sonné le ras-le-bol des "accomodements déraisonnables". Les gens de Montréal, sans être insensibles à la question (d'ailleurs on peut parfaitement vivre à Montréal sans avoir de vrais contact avec les immigrants, à fortiori en banlieue de Montréal), l'abordent avec davantage de sérénité et de pragmatisme. Ma liste de griefs contre les conservateurs inclus également le projet de loi C-10 pour les pouvoirs discrétionnaires (lire censure) du ministre du patrimoine, le projet de loi c-484 sur les droits des foetus, les pouvoirs discrétionnaires accordés au ministre de l'immigration et, d'une façon générale, leur culture du secret (particulièrement déplacée pour un parti qui promettait davantage de transparence). "Tu sais, j'ai toujours pensé que la forme suprême du mépris, c'était l'ignorance." C'est d'ailleurs contenu dans le mot même. Priser = accorder de l'importance. Mé- = ne pas. Et c'est à peu près la même chose pour "dédaigner". Pour ce qui est de la pitié, par contre, on pourrait en discuter longuement; pour qui a lut pas mal de romans de chevalerie médiévaux, la pitié n'apparaît pas comme une forme de mépris. C'est une évolution ultérieure, plus sociale et culturelle que linguistique, qui a mené à cette interprétation.
Commentaire n°5 posté par Déréglé temporel le 23/09/2008 à 18h02
Tu amènes un bon point. Dans quelle mesure l'absence de contact avec l'Autre - donc l'ignorance de ses coutumes - entraîne-t-elle la méfiance ? Si je suis en contact quotidien avec un musulman, je vais apprendre à le connaître. Pas forcément à l'apprécier, mais au moins à comprendre ses coutumes. Si je ne suis jamais en contact avec un musulman, je n'en connais que ce qu'en disent les médias. L'association musulman=fascisme est courante et la généralisation est la soeur de l'ignorance. 
Je ne connaissais rien de l'Islam avant l'université. Puis, j'ai habité en résidence tout près du local qui leur servait de moquée. J'ai beaucoup parlé avec plusieurs d'entre eux. Ils n'ont jamais cherché à me convertir, puisque la conversion doit être vécue de l'intérieur, sans contrainte. J'ai découvert des types qui ont les mêmes préoccupations générales que nous : famille, études, argent... la prière du vendredi était une coutume. Rien de radical, juste passer du temps entre croyants. L'imam leur parlait de certains versets du Coran et de leur application dans la vie quotidienne. On pouvait en prendre et en laisser. Banal quoi...
Réponse de nicolas_racine le 23/09/2008 à 18h13
La prison n'est qu'un reflet démesurément grandi de la société qui produit ceux qu'elle incarcère. Hubert Bonaldi L'idee d'envoyer en prison pour 25 ans un jeune de 14 ans est vraiment imbecile...a part pour faire plaisir a quelques personnes et aussi pour vender les victimes on commettrais une plus grosse gaffe qu'autre chose. Pire des cas le detenu sort a 40 ans...ok que fait il par la suite?...serait il capable d'evoluer en societee?...serait il capable d'avoir un job et d'etre un bon citoyen?...mon experiance me dit que non J'ai connu un gars qui a sorti de Donnaconna pour meurtre en 2003...il avais purge 18 ans ...il avain 37 ans a sa sortie...le mec...AVAIS LA CHIENNE DE SORTIR..pas de joke...a Donna dans une prison securitee maximum...il etais quelqu'un avais ses reperes...savais comment la vie se passais. Si son voisin de cellule mettais sa musique trop forte il allais le voir et lui disais de baisser le son et thats it...le voisin le fesais car il connaissais les consequences d'un refus. Je vous propose le scenario suivant...le mec sort de Donna..pas de job il retire du B.S en attendant...il trouve un logement minable style 1 1/2 tout fournit...evidemment on y retrouve pas la creme des citoyens dans ce genre d'endroit...son voisin..decide de faire un party...sa musique est forte...notre mec vas le voir pour lui dire de baisser ca...il se fait envoyer chier...devinez ce qui arrive par la suite.... Si y'as des jeunes de 14 ans qui commentent des crimes c'est que leurs parents sont de parfaits imbeciles et c'est eux qui devraient etre poursuivis pour negligeance d'education envers l'enfant
Commentaire n°6 posté par Stephane.G le 24/09/2008 à 02h42

Dostoievski aussi disait qu'on ne pouvait vraiment connaître une société qu'en y observant ses prisons.

Mettre un jeune en prison, alors qu'il n'a pas 18 ans est le meilleur moyen de le scrapper pour toujours. Le jeune sera irrécupérable, après avoir passé quelques années à côté de criminels endurcis.

Si tu fais des conneries à 14 ans, ce serait effectivement du côté des parents qu'il faudrait regarder...

Réponse de nicolas_racine le 24/09/2008 à 03h22
Très intéressant comme texte
Commentaire n°7 posté par Louis-Philippe Lafontaine le 24/09/2008 à 02h45

Merci Louis. Venant de toi, je le prends comme tout un compliment ;-)

Réponse de nicolas_racine le 24/09/2008 à 03h04

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